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FOCUS #39

29 avril 2026

« Maisons France Autonomie » - Trop, c’est trop !

Face aux annonces « politiques » en matière d’autonomie, on hésite souvent entre le rire et la colère. C’est ce dernier sentiment qui domine devant la dernière opération grandiose annoncée par les pouvoirs publics : rebaptiser les Ehpad et emballer l’impuissance publique dans une énième « conférence nationale ». 

A un moment, il faut arrêter de prendre les gens pour des imbéciles. Cela nourrit la désaffection du politique et la rancœur.

Alors, on dira que la terminologie « Ehpad » était un repoussoir, marqué par l’agisme, la stigmatisation de la dépendance… et les scandales passés. C’est vrai et il était possible de travailler le vocable. 

Mais il faut en finir avec la politique du label sans moyens. Que veut-on ? Rebaptiser tous les établissements sauf exceptions et organiser le tour de France de la labellisation façon Potemkine ? Labelliser les plus méritants, au risque de stigmatiser ceux qui peinent déjà à assurer leur équilibre financier et à recruter ou à garder leur personnel ?  Valider les tarifs exorbitants 

de certains, qui permettent – sans garantie d’ailleurs – des conditions d’accueil plus confortables ? Que fera-t-on d’ailleurs quand des établissements labellisés connaitront des déboires ? 

Autre question : pourquoi les Ehpad et pas les logements intermédiaires qu’on entend par ailleurs développer ? On va sans doute essayer de nous vendre une énième fois les établissements plateformes de ressources pour leur territoire. 

Soyons sérieux. 

On a contrôlé une bonne partie du parc suite au scandale Orpéa. Quelles conséquences en a-t-on tiré ?  Que l’Etat exerce ses prérogatives régaliennes. 

Un dispositif d’évaluation par la Haute autorité de santé s’est enfin mis en place et commence à délivrer ses résultats. Il y a besoin de moyens pour renforcer cette évaluation (faire qu’elle soit directe, comme à l’hôpital) et conforter cette démarche de progrès. Point n’est besoin de label, au risque de discréditer l’évaluation formalisée. 

Et puis surtout, il y a besoin de ressources pour le secteur (domicile et établissements) et d’un cap budgétaire pluriannuel, qui ne préjuge pas des solutions retenues pour le financement, mais fixe enfin les enjeux financiers et RH plutôt que de louvoyer en permanence. 

En dehors du label, on nous promet aussi une « conférence nationale de l’autonomie », d’ailleurs prévue par un texte législatif récent. Il fut un temps où la Conférence nationale du handicap était un moment attendu de réinvestissement de l’Etat. Aura-t-on désormais une conférence de l’autonomie d’un côté et une conférence  du handicap  de l’autre, au mépris des préoccupations de convergence et évidemment sans moyens ? 

Si tout cela ne frisait pas l’indécence, je suggérerais un petit jeu : essayer de retrouver sur Google l’appellation retenue aux différentes époques pour ces barnums organisés comme autant d’ersatz à l’action publique en matière de perte d’autonomie : « assises », « conférence », « grand débat », « concertation nationale »… On n’a pas encore eu les « Etats généraux » mais peut-être que si. Une fois qu’on aura épuisé le filon, on en viendra peut-être aux choses sérieuses. 

Dernière remarque. L’histoire est légitimement cruelle : elle ne retient le nom d’aucun ministre qui s’est contenté de débats et de visites dans des établissements, fussent-ils labellisés.

 

Stéphane Le Bouler, président de Lisa

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