FOCUS #12
27 avril 2023
L’accès aux soins : problème n°1. Ne pas se tromper de solutions
La sagesse vient souvent en commençant par nommer les choses.
« Désengorger les urgences », c’est agir sur la conséquence ou le symptôme. Casser le thermomètre, diront certains. La situation y est souvent critique. Elle est à juste raison mal vécue par les patients ou leurs familles. La moindre épidémie suffit parfois à déstabiliser le système. Il y a donc, bien entendu, à réguler les soins non-programmés, à fournir des solutions qui concourent à rationaliser les prises en charge entre la ville et l’hôpital, à travailler sur l’amont et sur l’aval des urgences… mais si une partie des flux de patients se retrouvent aux urgences, c’est aussi le signe de difficultés d’accès aux soins courants. Pardonnez cette lapalissade.
On ne s’appesantira pas sur les causes multiples des lacunes de l’accès aux soins... Défauts persistants (pendant de longues années) de régulation des effectifs en formation, lenteur et manque d’agilité dans l’évolution des rôles des professionnels, atermoiements dans l’organisation des différents segments de l’offre de soin ou de leur articulation, évolution des usages des patients et des conditions de travail des soignants…
Les responsabilités et les échelles de temps ne sont pas les mêmes sur ces différents registres… D’où l’importance de ne pas se tromper dans la fabrique des solutions.
Toujours est-il que le problème est là. Il est massif. Il doit être reconnu. Sans barguigner. Les problèmes d’accès aux soins sont désormais criants dans notre pays.
"Le problème est là. Il est massif. Il doit être reconnu. Sans barguigner. Les problèmes d’accès aux soins sont désormais criants dans notre pays."
Cela nous vaut d’ailleurs un grand nombre d’écrits[1] et de propositions de loi, plus ou moins inspirées[2].
Longtemps, on s’est focalisé, à raison, sur les problèmes d’accessibilité financière, en s’intéressant aux segments d’offre de soin mal solvabilisés ou aux dépassements d’honoraires.
On n’a pas vu – ou pas voulu voir – les problèmes d’accès aux soins. Un peu honteux que nous étions sans doute et désemparés après des décennies de déploiement de notre système de santé, le meilleur qui soit disait-on encore dans les années 2000. Avec un peu de forfanterie.
Le fait que tous les pays comparables soient aujourd’hui touchés – et ne parlons pas des pays moins favorisés – a sans doute désinhibé les analystes. Que la plupart des territoires et beaucoup de professions soient concernés aide aussi à cette prise de conscience.
Il y a cependant parfois loin de la conscience à l’action.
En situation d’urgence, on agit en conséquence : de façon pragmatique et en ayant le souci du temps, ce qui exclut en principe la procrastination… et ce qui amène normalement à privilégier les solutions à impact rapide.
Cela signifie économiser les ressources rares. Aucun jugement de valeur derrière cette notion de rareté. Le temps médical et, au-delà, le temps soignant dans bien des cas, est désormais rare.
Il faut donc éviter de le dilapider dans des tâches vaines ou inutiles. Tout ce qui pourra être fait en la matière est bienvenu. Les patients n’ont pas à payer la rançon d’une bureaucratie déployée en situation d’abondance médicale.
Il faut répartir différemment les tâches administratives (celles qui n’auront pu être supprimées) entre les soignants et des assistants compétents. Le Règlement arbitral, palliatif temporaire de la Convention médicale, reprend à raison cet objectif. Encore faudra-t-il trouver les professionnels en question.
Tout cela est en cours. On jugera sur pièces en fonction du temps soignant effectivement épargné.
En toute hypothèse, cette première gamme de solutions ne saurait suffire.
Il faut donc travailler aussi sur la répartition du temps soignant entre les différents professionnels. Là, ça se complique, disons-le tout net. Nous avons eu l’occasion de l’évoquer dans de nombreux papiers de Lisa (sur les pratiques avancées[3], sur les priorités du moment sur le sujet des professions[4]…).
Cela signifie sans doute briser les tabous le cas échéant... Mais toutes les solutions ne sont pas forcément appropriées par le simple fait qu’elles se parent des vertus de l’audace.
Développons quelques exemples.
Premier exemple : la filière visuelle : le partage des tâches entre ophtalmologues, orthoptistes et opticiens trace des solutions possibles. Alors, bien entendu, il faut augmenter le nombre d’ophtalmologues formés mais que fait-on à court terme ? On s’adapte, on bâtit des solutions en s’appuyant sur les professionnels, on progresse pas à pas dans le dialogue…
Deuxième exemple : les orientations décrites dans le champ de la périnatalité par le rapport d’Yves Ville pour l’Académie nationale de médecine[5] fournissent, elles aussi, des pistes de travail qui pourraient être transposées dans plusieurs domaines : comment passer du constat (les difficultés de pourvoir les différents types d’emplois pour maintenir les maternités) à une organisation nouvelle, compte tenu de la réalité des territoires, en mobilisant les ressources de la ville et de l’hôpital, de façon plus sûre et adaptée aux différents stades de la grossesse ?
Troisième exemple : les pratiques avancées. Les textes législatifs et réglementaires ont mis des années à émerger, le déploiement a été chaotique (non pas dans le champ de la formation mais dans celui des organisations de terrain, à l’hôpital et – pire encore – en ville). Le discours est désormais plus accommodant, voire volontariste au niveau des pouvoirs publics, mais comment passer des paroles aux actes?
La dernière enquête de l’UNIPA[6] montre clairement que le compte n’y est pas :
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dans le secteur public hospitalier, l’augmentation moyenne de rémunération serait de seulement 4,1% pour les IPA, par rapport à leur situation en tant qu’infirmier(ère) diplômé(e) d’Etat (à la modestie des revalorisations obtenues s’ajoute la perte de certaines primes ou éléments de rémunération liés à des contraintes spécifiques – travail de nuit ou de week-end…). . Par ailleurs, 24% des répondants à l’enquête n’exercent pas leurs compétences directement après l’obtention de leur diplôme. Enfin, le positionnement dans la hiérarchie de l’hôpital est plus ou moins pertinent, etc. ;
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dans le secteur privé, l’avantage salarial est plus substantiel (de l’ordre de 16%) ; la contrepartie des négociations décentralisées est en l’espèce une plus grande variabilité. 26% des répondants n’exercent pas leurs nouvelles compétences immédiatement.
Dans nos écrits rappelés plus haut sur l’implantation des IPA, nous pointions le défaut d’anticipation (qui se traduit notamment par l’absence de budget pour les créations de postes d’IPA ou la rétention des intéressés sur des postes d’IDE faute de remplaçants à ce niveau) ou les scories bureaucratiques (comme la mise en place de concours sur titre dans le secteur public ou la mauvaise articulation par rapport aux cadres de proximité).
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Stéphane le Bouler, président de Lisa
